Algérie face à l’isolement africain selon La Nouvelle Tribune

Récemment, le média marocain La Nouvelle Tribune a publié une analyse intitulée « Afrique : l’Algérie est-elle de plus en plus isolée ? », relançant un débat récurrent sur la position géopolitique d’Alger dans le continent. Le sujet, bien que porté par une source extérieure, mérite d’être examiné à travers les faits et les réactions officielles, d’autant que l’Algérie a toujours revendiqué un rôle central dans les équilibres régionaux.

Une thèse reprise par des médias étrangers
L’article de La Nouvelle Tribune s’appuie sur plusieurs éléments pour étayer son propos. D’abord, le rapprochement entre le Maroc et plusieurs pays africains, notamment à travers des accords économiques et sécuritaires. Le média cite en exemple la signature récente de partenariats entre Rabat et des États d’Afrique de l’Ouest, comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, dans des domaines stratégiques comme l’énergie ou la défense. Ensuite, il évoque le blocage persistant des relations algéro-marocaines, marqué par la fermeture des frontières terrestres depuis 1994 et l’absence de dialogue diplomatique direct. Enfin, l’analyse pointe du doigt les tensions avec certains voisins, comme la Tunisie, où les relations se sont tendues après des déclarations controversées du président Kaïs Saïed sur le Sahara occidental.

Pourtant, ces arguments ne résistent pas toujours à l’examen des réalités diplomatiques algériennes. Si le Maroc a effectivement renforcé ses liens avec plusieurs capitales africaines, l’Algérie conserve des alliances solides, notamment avec l’Afrique du Sud, le Nigeria ou encore l’Éthiopie. D’après des sources diplomatiques algériennes citées par l’APS, Alger a même intensifié ses échanges avec ces pays en 2025, notamment dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Un responsable du ministère des Affaires étrangères, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a rappelé que l’Algérie reste un acteur clé dans la médiation de crises régionales, comme au Mali ou en Libye, où son rôle est reconnu par l’Union africaine.

Le poids des alliances et des rivalités
L’un des points soulevés par La Nouvelle Tribune concerne le positionnement de l’Algérie face à la Russie et à la Chine, deux puissances qui étendent leur influence en Afrique. Le média marocain suggère que l’Algérie, en maintenant des relations étroites avec Moscou, notamment dans le domaine militaire, pourrait s’aliéner des partenaires occidentaux. Pourtant, cette lecture occulte une réalité plus nuancée. Alger a toujours affiché une politique étrangère équilibrée, multipliant les partenariats sans s’enfermer dans une logique de bloc. En témoignent les récentes visites du président Abdelmadjid Tebboune en France et en Italie, où des accords économiques majeurs ont été signés, notamment avec TotalEnergies et Eni pour l’exploitation du gaz algérien.

Par ailleurs, l’Algérie a su tirer profit de sa position géostratégique pour renforcer son rôle dans la sécurité énergétique de l’Europe. Le projet de gazoduc Nigeria-Maroc, bien que concurrent du pipeline transsaharien (Nigeria-Algérie), n’a pas empêché Alger de signer des contrats d’exportation de gaz avec plusieurs pays européens, dont l’Espagne et l’Allemagne. Selon des données de Sonatrach, les exportations de gaz algérien vers l’Europe ont augmenté de 12 % en 2025, confirmant la pertinence de cette stratégie.

Les réactions algériennes et les contre-arguments
Du côté algérien, les réactions à l’article de La Nouvelle Tribune ont été mesurées, mais fermes. Dans une déclaration rapportée par El Watan, un haut responsable du ministère des Affaires étrangères a qualifié ces analyses de « partielles et partiales », soulignant que l’Algérie « ne se laisse pas dicter son agenda diplomatique par des médias étrangers ». Il a rappelé que l’Algérie reste un membre actif de l’Union africaine et de la Ligue arabe, où son influence est régulièrement sollicitée pour des missions de médiation.

Sur le plan économique, l’Algérie a également renforcé ses investissements en Afrique, notamment dans les secteurs des télécommunications et des infrastructures. Le groupe Sonelgaz, par exemple, a remporté récemment un contrat pour la construction d’une centrale électrique au Niger, tandis que l’entreprise publique Cosider a signé un accord pour la réalisation d’un tronçon autoroutier en Mauritanie. Ces initiatives montrent que l’Algérie ne se contente pas d’une diplomatie passive, mais cherche à consolider sa présence économique sur le continent.

Un débat qui dépasse les apparences
Si l’article de La Nouvelle Tribune peut sembler alarmiste, il reflète une réalité plus large : la compétition pour l’influence en Afrique s’intensifie, et l’Algérie doit composer avec des dynamiques complexes. Le Maroc, la Turquie, la Russie et la Chine multiplient les initiatives pour étendre leur présence, ce qui oblige Alger à adapter sa stratégie. Cependant, l’isolement évoqué par le média marocain semble exagéré. L’Algérie dispose d’atouts majeurs, comme son poids énergétique, son expérience en matière de sécurité régionale et son réseau d’alliances historiques.

Reste que ce débat met en lumière un enjeu crucial pour l’Algérie : celui de la diversification de ses partenariats et de la modernisation de son soft power. Contrairement au Maroc, qui mise sur des outils comme la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) ou les investissements dans le sport pour renforcer son image, l’Algérie peine encore à promouvoir une diplomatie culturelle et économique aussi visible. Les récents efforts pour développer le tourisme, comme la promotion des sites du Tassili n’Ajjer, ou les initiatives dans le domaine des énergies renouvelables, pourraient cependant changer la donne à moyen terme.

En définitive, l’analyse de La Nouvelle Tribune offre une occasion de réévaluer la stratégie africaine de l’Algérie, sans tomber dans le piège d’une lecture simpliste. Si les défis sont réels, les opportunités le sont tout autant, à condition de les saisir avec pragmatisme et détermination.

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