Tozeur révèle les pièges du tourisme patrimonial

Le centre ancien de Tozeur, en Tunisie, sert de miroir aux villes algériennes engagées dans la valorisation de leur patrimoine. Une étude publiée par OpenEdition Journals en septembre 2015 met en lumière les ambivalences d’une mise en tourisme mal maîtrisée, où les bénéfices économiques se heurtent à des risques culturels et sociaux. Ces enseignements résonnent particulièrement en Algérie, où des sites comme la Casbah d’Alger, Tlemcen ou Constantine connaissent des dynamiques similaires.

Quand le tourisme dévore son propre objet

En Algérie, la Casbah d’Alger illustre ce risque. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1992, elle subit une pression immobilière croissante, avec des maisons ottomanes transformées en hôtels ou en restaurants « typiques » dont les menus s’éloignent des recettes locales. À Constantine, les ponts suspendus et les palais du Bey attirent des visiteurs, mais les artisans locaux peinent à tirer profit de cette fréquentation, concurrencés par des produits importés.

L’État entre protection et marchandisation

L’Algérie n’est pas épargnée par ce dilemme. Le ministère de la Culture a lancé en 2020 un plan de sauvegarde de la Casbah, avec des fonds pour restaurer 300 maisons. Pourtant, les associations locales dénoncent un manque de concertation. « Les travaux sont confiés à des entreprises sans expertise en patrimoine, et les habitants ne sont pas associés aux décisions », explique un membre de l’association Casbah Protection. À Tlemcen, capitale de la culture islamique en 2011, les projets de réhabilitation ont souvent été critiqués pour leur approche « folklorique », négligeant les besoins des résidents.

Le piège de la folklorisation

À Ghardaïa, les touristes visitent la vieille ville mozabite, mais ignorent les tensions entre communautés qui y vivent. « Le tourisme patrimonial ne doit pas être une vitrine, mais un levier de développement inclusif », souligne un universitaire algérien spécialiste du patrimoine, cité dans l’étude. Cette réflexion rejoint les débats en Algérie, où des voix s’élèvent pour une approche plus holistique, intégrant les dimensions économique, sociale et culturelle.

Des pistes pour l’Algérie

Enfin, réguler les investissements privés. À Tozeur, l’absence de cadre juridique a permis à des promoteurs de s’approprier des maisons historiques. En Algérie, la loi sur le patrimoine de 2018 prévoit des sanctions contre les constructions illégales, mais son application reste inégale. « Il faut des mécanismes de contrôle plus stricts, avec des incitations pour les propriétaires qui restaurent leurs biens dans les règles », recommande un expert du ministère de la Culture.

Un modèle à réinventer

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