Cette semaine, Human Rights Watch a publié un rapport accablant sur les violations des droits des migrants en Mauritanie. Intitulé « Mauritanie : Des années d’abus liés aux contrôles des migrations », le document de 87 pages révèle des pratiques systématiques de détention arbitraire, de violences physiques et d’expulsions collectives vers des zones désertiques frontalières, notamment à la frontière avec le Mali. Selon l’ONG, ces abus, documentés depuis 2020, se sont intensifiés en 2025 sous la pression des politiques européennes de lutte contre l’immigration irrégulière.
Un corridor migratoire sous tension
Le rapport de Human Rights Watch cite des témoignages de migrants arrêtés sans procédure légale, battus par les forces de sécurité, puis abandonnés dans le désert près de la frontière malienne, sans eau ni nourriture. « On nous a pris nos téléphones, nos chaussures, et on nous a laissés marcher sous le soleil. Beaucoup sont morts », raconte un ressortissant ivoirien de 28 ans, interrogé par l’ONG. Ces pratiques rappellent les expulsions massives vers le Niger, documentées par Amnesty International en 2023, mais avec une différence majeure : la Mauritanie n’a pas de cadre juridique clair pour les expulsions, contrairement à son voisin algérien.
L’Algérie dans l’équation migratoire maghrébine
Pourtant, les associations locales, comme le Collectif des familles de disparus (CFD), dénoncent des violations similaires à celles observées en Mauritanie. « Les migrants sont souvent arrêtés sans motif, détenus dans des conditions déplorables, puis expulsés vers le Niger ou le Mali sans possibilité de recours », explique un membre du CFD, sous couvert d’anonymat. En 2023, l’Algérie a expulsé plus de 18 000 migrants vers le Niger, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), un chiffre qui place le pays au deuxième rang des expulsions en Afrique, derrière la Libye.
Coopération régionale ou externalisation des frontières ?
Cette manne financière soulève des questions sur la responsabilité des pays européens dans les abus documentés. « L’UE finance des États qui violent les droits humains, tout en se déchargeant de sa propre responsabilité migratoire », critique un chercheur du Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP), basé à Bruxelles. En Algérie, le gouvernement rejette ces accusations, arguant que ses mesures visent à « protéger la souveraineté nationale et lutter contre les réseaux de passeurs ».
Quelles solutions pour les migrants ?
Sur le terrain, les associations algériennes peinent à agir. Le Réseau algérien pour la défense des droits des migrants (RADDM), créé en 2021, dénonce des « obstacles bureaucratiques » pour accéder aux centres de rétention. « Nous n’avons pas le droit de visiter les migrants détenus, ni de leur fournir une assistance juridique », déplore un membre du réseau. En Mauritanie, la situation est pire : Human Rights Watch souligne l’absence totale d’ONG locales capables de documenter les abus, en raison des restrictions imposées par le gouvernement.
Vers une approche maghrébine unifiée ?
Pour les experts, la solution passe par une approche régionale. « Le Maghreb doit cesser de voir la migration comme un problème sécuritaire, mais comme une réalité démographique et économique », estime un professeur de géopolitique à l’Université d’Alger. En attendant, les migrants continuent de payer le prix de ces politiques. En 2025, les traversées vers les Canaries ont déjà fait plus de 500 morts, selon l’OIM, un bilan qui risque de s’alourdir avec la fermeture des routes traditionnelles.