Revue de presse : Environnement Algérie, Numérique Algérie, Métro Alger…

**L’Algérie en mouvement : un pays à la croisée des urgences et des promesses**

L’Algérie contemporaine se déploie comme un palimpseste où s’entrelacent les traces d’un passé colonial encore brûlant, les cicatrices d’une décennie noire jamais tout à fait refermées, et les espoirs d’une modernité qui peine à s’incarner. Les actualités récentes, loin d’être des fragments épars, dessinent les contours d’une société en tension permanente entre trois forces : la nécessité de s’adapter à un environnement hostile (climat, dépendance alimentaire, pression démographique), l’impératif de se réinventer économiquement dans un monde post-pétrole, et la persistance de blocages politiques et culturels qui freinent toute velléité de rupture.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de cohérence a priori entre ces domaines. Comment concilier, par exemple, la construction d’une méga-centrale solaire à Tébessa et l’aveu d’un écrivain comme Boualem Sansal sur les nostalgies coloniales de sa famille ? Comment célébrer les médailles des nageuses algériennes aux championnats africains tout en constatant l’échec chronique de la politique du logement, où des communes riches comme Chéraga « peinent à caser leurs habitants » ? Ces contradictions ne sont pas des accidents, mais les symptômes d’un système où les avancées sectorielles butent sur des verrous structurels – économiques, idéologiques, et parfois même psychologiques.

Pourtant, derrière ce chaos apparent, des fils rouges émergent. L’Algérie semble engagée dans une course contre la montre pour sécuriser ses ressources (eau, énergie, nourriture), tout en cherchant à se positionner comme un acteur régional incontournable. Mais cette quête de souveraineté se heurte à des réalités têtues : une dépendance persistante aux hydrocarbures, une bureaucratie étouffante, et une société civile dont les aspirations démocratiques sont systématiquement étouffées. Le pays avance, mais en crabe – progressant sur certains fronts tout en reculant sur d’autres.

**L’écologie comme nouvelle frontière : quand l’Algérie réinvente sa relation à la terre**

L’Algérie est un pays où l’aridité n’est pas une menace, mais une donnée constitutive. Face à ce défi, les initiatives récentes en matière d’environnement et d’agriculture révèlent une prise de conscience tardive, mais réelle : le pays ne peut plus se contenter d’importer massivement ses besoins en céréales ou de gaspiller ses ressources hydriques. La domestication des plantes aromatiques et médicinales, l’utilisation des eaux usées traitées en agroforesterie, ou encore l’objectif de produire 3 millions de tonnes de céréales dans le Sud, sont autant de signes d’une volonté de « reprendre la main » sur le vivant.

Pourtant, ces efforts butent sur une contradiction majeure : l’Algérie reste prisonnière d’un modèle économique extractiviste, où les revenus pétroliers financent des subventions massives (énergie, logement, nourriture) qui, à leur tour, entretiennent une culture de la dépendance. Comment concilier transition écologique et maintien d’un État-providence ? La réponse algérienne semble être celle du greenwashing sélectif : on mise sur le solaire (avec des projets comme la centrale de Hassi R’mel) pour verdir son image, tout en continuant à subventionner l’essence et le gaz, qui représentent près de 60% de la consommation énergétique nationale.

Le paradoxe est encore plus flagrant dans le domaine des céréales. L’Algérie, qui importe près de 70% de ses besoins en blé, se fixe désormais l’objectif ambitieux de 71 millions de quintaux de production nationale. Mais derrière ces chiffres se cache une réalité moins reluisante : les terres du Sud, où l’on veut développer la céréaliculture, sont déjà soumises à une pression hydrique extrême. Les nappes phréatiques s’épuisent, et les techniques d’irrigation restent archaïques. Sans une réforme en profondeur des pratiques agricoles – et surtout, sans une remise en cause du clientélisme qui gangrène la distribution des terres – ces objectifs resteront lettre morte.

**Le numérique et les femmes : une révolution en trompe-l’œil ?**

Le domaine du numérique offre un autre visage de l’Algérie contemporaine : celui d’un pays qui cherche à se projeter dans l’économie de la connaissance, tout en restant ancré dans des schémas traditionnels. Les initiatives comme NanaTech Immersion, qui forme des femmes togolaises aux métiers du digital, ou le partenariat entre le PNUD et la Fondation Orange pour l’autonomisation des femmes, sont louables. Elles s’inscrivent dans une stratégie plus large de diversification économique, où l’Algérie tente de se positionner comme un hub technologique régional.

Mais là encore, les contradictions sont criantes. D’un côté, l’État algérien investit dans des infrastructures numériques (comme le projet de fibre optique transsaharienne) et encourage les start-ups. De l’autre, il maintient un contrôle strict sur l’information, censure les réseaux sociaux en période de crise, et laisse prospérer un écosystème cybercriminel qui cible les PME. Pascal Naudin, de Kaspersky, a raison de souligner que « une PME qui protège ses données protège sa croissance » – mais comment le faire dans un pays où plus de 10 millions de cybermenaces ont été détectées au Sénégal voisin en 2024, et où les entreprises algériennes sont souvent livrées à elles-mêmes face à ces risques ?

Le cas des femmes est encore plus révélateur. Les nageuses algériennes brillent sur la scène africaine, et Amel Melih se qualifie pour les Jeux Olympiques de Tokyo. Pourtant, ces succès individuels masquent une réalité sociale bien moins reluisante : les femmes algériennes restent sous-représentées dans les postes à responsabilité, victimes de discriminations salariales, et souvent cantonnées à des rôles traditionnels. Le numérique pourrait être un levier d’émancipation, mais à condition que l’État cesse de voir les femmes comme des bénéficiaires passives de programmes d’ »autonomisation », et commence à les considérer comme des actrices à part entière de la transformation du pays.

**Logement et transports : les symptômes d’un État en crise de légitimité**

Si l’on veut comprendre les blocages de l’Algérie contemporaine, il suffit d’observer deux secteurs clés : le logement et les transports. Ces domaines, en apparence techniques, sont en réalité des miroirs grossissants des dysfonctionnements systémiques du pays.

Le logement est un cas d’école. L’Algérie construit massivement – près de 3 millions de logements ont été livrés depuis 2000 – mais la crise persiste. Pourquoi ? Parce que le problème n’est pas quantitatif, mais qualitatif. Les programmes de logement social sont souvent mal conçus, éloignés des centres-villes, et attribués selon des critères opaques qui favorisent le clientélisme. Le cas de Chéraga, une commune riche qui « peine à caser ses habitants », est emblématique : les terres sont accaparées par des promoteurs privés ou des réseaux d’influence, tandis que les citoyens ordinaires se retrouvent relégués dans des périphéries mal desservies.

Les transports publics, eux, révèlent une autre facette de la crise : celle d’un État qui cherche à se racheter une légitimité par des mesures sociales, mais sans s’attaquer aux racines du problème. La gratuité des transports pour les personnes à mobilité réduite, ou la facilitation de l’achat de billets de train, sont des avancées indéniables. Mais elles restent des rustines sur un système défaillant. Le métro d’Alger, par exemple, est sous-utilisé en raison d’un réseau insuffisant et d’une mauvaise intégration avec les autres modes de transport. Pendant ce temps, les Algérois perdent des heures dans les embouteillages, faute d’une politique cohérente de mobilité urbaine.

Ces échecs ne sont pas anodins. Ils nourrissent un sentiment de défiance envers l’État, perçu comme incapable de répondre aux besoins les plus élémentaires de la population. Et cette défiance, à son tour, alimente les tensions sociales – comme on l’a vu lors du Hirak, où les revendications pour un logement décent et des transports efficaces étaient centrales.

**Énergie et souveraineté : l’Algérie entre deux feux**

L’Algérie est un pays riche en ressources, mais pauvre en stratégie. Cette contradiction est particulièrement visible dans le domaine énergétique. D’un côté, le pays mise sur le solaire pour réduire sa dépendance aux hydrocarbures et exporter de l’électricité « verte » vers l’Europe. Les projets comme la centrale de Tébessa ou l’expérience pilote de Hassi R’mel sont des pas dans la bonne direction. De l’autre, l’Algérie reste prisonnière de son modèle pétrolier : les subventions aux carburants et à l’électricité représentent près de 10% du PIB, et le pays continue d’exporter du gaz vers l’Europe tout en important des produits raffinés.

Cette schizophrénie énergétique a des conséquences géopolitiques. La Tunisie, par exemple, est « prise au piège de sa dépendance énergétique envers l’Algérie » – une situation qui rappelle celle des pays européens vis-à-vis de la Russie avant la guerre en Ukraine. L’Algérie joue un jeu dangereux : elle se présente comme un partenaire fiable pour l’Europe, tout en maintenant des relations ambiguës avec des acteurs comme la Russie (avec qui elle a signé des accords militaires) ou la Chine (qui investit massivement dans ses infrastructures).

Mais le vrai défi n’est pas géopolitique, il est interne. L’Algérie doit choisir entre deux voies : celle d’une transition énergétique contrôlée, où les revenus pétroliers financent les investissements dans les renouvelables, ou celle d’un déclin lent, où le pays s’épuise à subventionner un modèle économique insoutenable. Pour l’instant, le choix n’est pas encore tranché – et le temps presse.

**La politique et le cancer : deux maladies chroniques de l’Algérie**

Deux actualités, en apparence sans lien, résument à elles seules les maux profonds de l’Algérie : la déclaration de Boualem Sansal sur l’ »Algérie française », et les annonces du président sur la lutte contre le cancer.

La sortie de Sansal, écrivain controversé mais voix incontournable de la littérature algérienne, est symptomatique d’un pays qui n’a jamais vraiment fait son deuil de la colonisation. Que sa famille ait été favorable à l’Algérie française n’est pas en soi choquant – beaucoup de familles algériennes ont été déchirées par la guerre d’indépendance. Ce qui est révélateur, c’est la manière dont cette déclaration a été reçue : certains y ont vu une provocation, d’autres une vérité qui dérange. Elle rappelle que l’Algérie reste un pays fracturé, où les blessures du passé ne sont jamais vraiment refermées.

Le cancer, lui, est une autre métaphore des maux algériens.

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