Algérie, Libye et Tunisie unissent leurs nappes phréatiques

Les ministres chargés des ressources hydriques de l’Algérie, de la Libye et de la Tunisie se sont réunis récemment à Tripoli pour sceller une approche commune sur l’exploitation des eaux souterraines du Sahara. Selon France 24, cette rencontre a abouti à un engagement en faveur d’une « exploitation équitable » des réserves transfrontalières, un enjeu crucial pour des pays confrontés à des pénuries récurrentes et à une pression démographique croissante.

Une ressource stratégique sous tension

La Libye, de son côté, dépend presque exclusivement de ces eaux pour son approvisionnement, notamment via le projet pharaonique de la « Grande Rivière Artificielle », un réseau de canalisations long de 4 000 kilomètres. La Tunisie, quant à elle, puise environ 40 % de ses besoins en eau dans ces nappes, avec des zones comme le gouvernorat de Tataouine où les niveaux baissent de 1 à 2 mètres par an.

Un cadre de coopération inédit

Cette initiative s’inscrit dans la continuité des accords bilatéraux existants, comme celui signé entre l’Algérie et la Tunisie en 2015 pour la gestion du bassin de la Medjerda. Elle répond aussi aux recommandations de la Banque mondiale, qui avait alerté en 2022 sur les risques de conflits liés à l’eau dans la région. Pour l’Algérie, cette coopération pourrait permettre de sécuriser l’approvisionnement des wilayas du Sud, où les tensions sur la ressource sont les plus vives. À Ouargla, par exemple, les forages profonds atteignent désormais 1 500 mètres, contre 500 mètres il y a vingt ans.

Des défis techniques et politiques

Ensuite, la question de la souveraineté nationale reste sensible. Les eaux souterraines du Sahara sont souvent perçues comme une ressource stratégique, et leur gestion conjointe implique un renoncement partiel à des prérogatives étatiques. « Les pays du Maghreb ont l’habitude de coopérer sur l’eau, mais rarement à cette échelle », note un hydrogéologue algérien interrogé par France 24. « Le vrai test sera de concilier les intérêts nationaux avec l’objectif commun de préservation. »

Enfin, le changement climatique aggrave la pression sur ces réserves. Les modèles climatiques prévoient une baisse des précipitations de 20 à 30 % dans le Sahara d’ici 2050, réduisant la recharge naturelle des nappes. Pour l’Algérie, cela signifie que les projets de dessalement d’eau de mer, déjà en expansion sur la côte, devront être accélérés pour soulager les aquifères du Sud. Le pays prévoit d’atteindre une capacité de 2,5 millions de mètres cubes par jour d’ici 2030, contre 1,2 million aujourd’hui.

Enjeux économiques et sociaux

Pour la Libye, une gestion équitable des nappes pourrait atténuer les tensions entre les régions de l’Est et de l’Ouest, où l’accès à l’eau est un sujet de rivalité politique. En Tunisie, où les coupures d’eau sont devenues fréquentes dans les zones rurales, une meilleure coordination avec l’Algérie et la Libye pourrait améliorer la résilience des systèmes d’approvisionnement.

Vers une gouvernance régionale ?

Pour l’Algérie, cette coopération offre une opportunité de renforcer son rôle de leader régional dans la gestion des ressources hydriques. Le pays, qui abrite le siège de l’Observatoire du Sahara et du Sahel, pourrait jouer un rôle clé dans la coordination des efforts. Reste à savoir si les promesses faites à Tripoli se traduiront par des actions concrètes sur le terrain.

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