Revue de presse : Entrepreneuriat Algérie, Hydrocarbures Algérie, Céréales Algérie…

**L’Algérie, ou l’art de danser sur un volcan économique**

L’Algérie contemporaine est un pays en tension permanente entre deux récits. D’un côté, une volonté affichée de rupture avec les modèles hérités de l’ère postcoloniale, portée par des discours sur la diversification économique, la souveraineté alimentaire et l’innovation technologique. De l’autre, une réalité où les hydrocarbures restent le socle invisible de toute ambition, où les importations structurent encore l’économie, et où les promesses de « Made in Algeria » se heurtent aux rigidités bureaucratiques et aux logiques de rente. Les actualités des dix derniers jours dessinent une carte où se superposent dynamiques vertueuses et contradictions systémiques, comme si le pays avançait en équilibre précaire sur une faille tectonique.

Cette revue de presse n’est pas un simple inventaire : c’est une radiographie des forces en présence, où chaque domaine s’éclaire par les autres, révélant une Algérie à la fois en mouvement et prisonnière de ses propres paradoxes.

**1. Le pétrole, ce fantôme qui hante la diversification**

Les annonces de Sonatrach résonnent comme un écho lointain des années 1970, quand l’or noir finançait les rêves de développement. 3,7 millions de tonnes supplémentaires de raffinage, 3 milliards de dollars d’investissements, des contrats signés avec des partenaires étrangers : la machine tourne, et pourtant, elle tourne en rond. Car ces chiffres, aussi impressionnants soient-ils, masquent une réalité plus sombre : l’Algérie reste un pays mono-exportateur, où 90% des recettes en devises dépendent des hydrocarbures.

Pire, ces investissements dans le raffinage et le naphta (comme à Arzew, où le Premier ministre a posé la première pierre d’une unité de reformage) sont présentés comme des avancées industrielles, alors qu’ils renforcent la dépendance à un modèle extractiviste. La diversification économique, vantée par le rapport annuel de la Banque d’Algérie – qui se félicite d’une croissance du PIB et d’indicateurs « au vert » –, repose en réalité sur une équation fragile : tant que le baril est haut, l’État peut financer ses projets pharaoniques (agriculture, tourisme, start-ups) sans toucher aux structures profondes de l’économie.

Le paradoxe est saisissant : l’Algérie dépense des milliards pour réduire sa dépendance aux importations, mais ces mêmes milliards proviennent des hydrocarbures, dont les prix dictent le rythme de ses réformes. Comme le disait Frédéric Lordon, « le capitalisme est un système qui produit des dépendances qu’il prétend ensuite résoudre par des solutions qui reproduisent ces mêmes dépendances ». L’Algérie en est l’illustration parfaite.

**2. L’agriculture, ou l’illusion de la souveraineté alimentaire**

L’Algérie se targue d’avoir détrôné le Maroc en tant que premier importateur de blé en Afrique. Aucune tonne de blé français n’a été exportée vers l’Algérie en 2024-2025 : la phrase sonne comme une victoire, mais elle cache une réalité bien moins glorieuse. Le pays importe toujours massivement des céréales – simplement, il a diversifié ses fournisseurs (Russie, Brésil, Canada) pour éviter de dépendre d’un seul partenaire.

Pourtant, les salons comme AgriTech Expo ou le Salon international de l’investissement agricole mettent en avant l’innovation et la gestion durable de l’eau. Cevital, Berrahal, Madar – ces géants de l’agro-industrie algérienne sont présentés comme les fers de lance d’une nouvelle ère. Mais derrière ces success stories se cache une question cruciale : ces entreprises sont-elles des acteurs d’une souveraineté réelle, ou des sous-traitants d’un système qui reste dépendant des importations de semences, d’engrais et de technologies étrangères ?

Le cas de la Côte d’Ivoire, qui suspend ses exportations de produits vivriers au nom de la sécurité alimentaire, est un miroir tendu à l’Algérie. Peut-on parler de souveraineté quand on importe 70% de ses besoins en lait, 50% en sucre, et une part croissante de ses légumes ? Les discours sur l’ »agriculture intelligente » et la « gestion durable de l’eau » (comme le souligne le plaidoyer pour une politique de l’eau « ambitieuse ») sonnent creux tant que le modèle agricole algérien reste prisonnier d’une logique de court terme, où l’État subventionne les importations plutôt que de structurer une filière locale résiliente.

**3. L’eau, le nerf de la guerre invisible**

L’Algérie est un pays en stress hydrique chronique, où les barrages sont à moitié vides et les nappes phréatiques surexploitées. Pourtant, les actualités sur l’eau sont étrangement absentes des grands titres – comme si le sujet était trop sensible pour être abordé frontalement. La station de traitement des margines à Meknès (Maroc) est un rappel cruel : alors que le voisin maghrébin innove pour réduire la pollution des eaux, l’Algérie peine à moderniser ses infrastructures.

Le contraste est frappant avec les annonces sur l’AgriTech et l’agriculture durable. Comment prétendre gérer l’eau de manière « responsable » quand les fuites dans les réseaux de distribution atteignent 40% dans certaines wilayas ? Quand les cultures gourmandes en eau (comme les pastèques ou les agrumes) sont subventionnées pour l’exportation, au mépris des besoins locaux ?

L’eau est le fil rouge invisible qui relie tous les domaines :
Hydrocarbures : l’extraction du gaz de schiste (comme à In Salah) consomme des quantités astronomiques d’eau.
Agriculture : les projets de « révolution verte » butent sur le manque d’irrigation efficace.
Tourisme : les stations balnéaires du littoral pompent les nappes phréatiques, aggravant la pénurie.
Justice : les conflits autour de l’accès à l’eau dans les zones rurales (comme à Tamanrasset) sont réglés par des décrets, pas par des solutions durables.

L’Algérie a les moyens techniques et financiers de résoudre sa crise hydrique, mais elle manque de volonté politique pour affronter les lobbies agricoles et industriels qui profitent du statu quo.

**4. Le "Made in Algeria", entre fierté nationale et dépendance aux importations**

Les success stories de Cevital, Madar ou Berrahal sont régulièrement mises en avant comme la preuve que l’Algérie peut produire localement. Pourtant, ces entreprises sont des exceptions dans un paysage économique dominé par les importations. L’Algérie recense ses richesses (comme le souligne un titre récent), mais elle peine à les transformer en valeur ajoutée locale.

Le cas des panneaux solaires chinois est emblématique : l’Afrique (dont l’Algérie) importe massivement des technologies vertes, alors que le pays a un potentiel solaire parmi les plus élevés au monde. Pourquoi ne pas produire localement ces panneaux ? Parce que l’industrie algérienne manque de chaînes de valeur intégrées, de main-d’œuvre qualifiée et d’un écosystème favorable à l’innovation.

Le « Made in Algeria » est donc un slogan plus qu’une réalité. Les exportations de produits agroalimentaires (comme celles de Cevital vers l’Afrique subsaharienne) sont une bonne nouvelle, mais elles restent marginales comparées aux 10 milliards de dollars d’importations annuelles de produits alimentaires.

La contradiction est flagrante : l’Algérie veut réduire ses importations, mais elle continue à importer des machines, des intrants agricoles et des technologies qu’elle pourrait produire elle-même. Comme le disait Aurélien Barrau, « le système actuel est une machine à produire de l’injustice et de la dépendance ». L’Algérie en est l’exemple vivant.

**5. Tourisme et patrimoine : l’Algérie face à son histoire**

Le tourisme algérien est un miroir brisé. D’un côté, des annonces sur des lieux méconnus à Alger où dénicher des produits locaux à petits prix – une tentative de promouvoir un tourisme de proximité, loin des clichés du « soleil et plage ». De l’autre, des sites historiques négligés, comme en témoignent les actualités sur le Colisée (en Italie) ou le mausolée d’Auguste, alors que Timgad, Djemila ou Tipasa attendent des rénovations dignes de ce nom.

Pourquoi cette dissonance ? Parce que le tourisme en Algérie est prisonnier d’une double logique :
1. Une logique sécuritaire : après les années noires, le pays a privilégié la stabilité à l’ouverture, décourageant les investissements étrangers.
2. Une logique bureaucratique : les visas sont difficiles à obtenir, les infrastructures manquent, et les acteurs locaux (guides, hôteliers) sont souvent laissés à eux-mêmes.

Pourtant, l’Algérie a tout pour devenir une destination majeure :
– Un patrimoine historique unique au monde (de la Casbah d’Alger aux ksour du Sud).
– Une diversité naturelle (désert, montagnes, littoral).
– Une culture vivante (musique, artisanat, gastronomie).

Mais le tourisme algérien reste un secteur sous-exploité, faute d’une vision stratégique. Contrairement au Maroc, qui a fait du tourisme un pilier de son économie, l’Algérie hésite entre méfiance et opportunisme, sans jamais trancher.

**6. Justice et politique industrielle : quand l’État joue les pompiers pyromanes**

Les annonces sur les unités de production de MTBE ou de reformage du naphta à Arzew sont présentées comme des avancées industrielles. Pourtant, elles révèlent une logique de court terme :
L’État algérien investit dans des infrastructures lourdes, mais sans plan de transition énergétique clair.
Ces projets créent des emplois, mais ils renforcent la dépendance aux hydrocarbures.
Ils sont décidés par décret, sans consultation des populations locales (comme à Arzew, où les habitants dénoncent depuis des années la pollution des usines).

La justice algérienne, quant à elle, est un outil de légitimation plus que de régulation. Les procès contre la corruption (comme ceux des anciens dirigeants de Sonatrach) sont sélectifs : ils visent des boucs émissaires, pas les structures qui permettent la corruption. La justice est instrumentalisée pour servir le récit d’une « Algérie nouvelle », alors qu’elle devrait être un contre-pouvoir.

**Synthèse prospective : l’Algérie à l’heure des choix**

L’Algérie est à un tournant historique. Les actualités des derniers jours montrent un pays en mouvement, mais prisonnier de ses contradictions :

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