Le président Abdelmadjid Tebboune a exposé, lors d’un discours récent diffusé à la télévision nationale, les priorités économiques de l’Algérie pour les cinq prochaines années. Ce discours, prononcé devant les membres du gouvernement et les walis réunis à Alger, marque une étape dans la préparation du prochain plan quinquennal 2026-2030. Tebboune a insisté sur trois axes : la diversification industrielle, l’attraction des investissements étrangers et la réduction de la dépendance aux hydrocarbures.
Selon l’Agence presse service (APS), le chef de l’État a fixé un objectif de 10 % de croissance annuelle du secteur non pétrolier d’ici 2030. Pour y parvenir, il a annoncé la création de cinq nouvelles zones économiques spéciales (ZES) dans les wilayas de Sétif, Oran, Annaba, Tamanrasset et Adrar. Ces zones bénéficieront d’exonérations fiscales totales pendant dix ans et d’un régime douanier simplifié. Le ministre de l’Industrie, Ahmed Zeghdar, a précisé que les décrets d’application seront publiés avant la fin de l’année en cours, avec un premier appel à projets lancé dès janvier 2026.
Tebboune a également souligné l’importance de moderniser les infrastructures portuaires et ferroviaires. Le port de Djen Djen, en partenariat avec le groupe chinois COSCO, sera agrandi pour doubler sa capacité d’ici 2028. La ligne ferroviaire reliant Hassi Messaoud à Touggourt sera électrifiée, avec un financement assuré par la Banque africaine de développement (BAD). Ces projets s’inscrivent dans une stratégie plus large de désenclavement des régions du Sud, où les investissements publics ont atteint 1 200 milliards de dinars en 2025, selon les chiffres du ministère des Finances.
Sur le volet énergétique, le président a réaffirmé la volonté de l’Algérie de maintenir sa position de fournisseur clé pour l’Europe. Les négociations en cours avec l’Italie, la France et l’Allemagne visent à augmenter les exportations de gaz de 20 % d’ici 2027. La visite récente de la Première ministre italienne Giorgia Meloni à Alger a abouti à la signature d’un accord préliminaire pour la construction d’un nouveau gazoduc reliant Hassi R’Mel à la Sicile. Sonatrach et l’italien ENI cofinanceront ce projet, estimé à 3 milliards de dollars.
Tebboune a aussi abordé la question de la main-d’œuvre. Le gouvernement prévoit de former 500 000 jeunes dans les métiers de l’industrie et des technologies d’ici 2030. Les centres de formation professionnelle, en collaboration avec l’Allemagne et la Corée du Sud, ouvriront 15 nouveaux pôles spécialisés dans les wilayas industrielles. Le ministre du Travail, Fayçal Bentaleb, a indiqué que 30 % des places seront réservées aux femmes, avec un accent sur les secteurs de l’automobile et des énergies renouvelables.
Les défis restent nombreux. Le taux de chômage des jeunes, bien qu’en baisse (11,2 % en 2025 contre 14,7 % en 2020), reste une préoccupation. Tebboune a reconnu que la bureaucratie et la lenteur des procédures administratives freinent encore les investisseurs. Pour y remédier, il a annoncé la création d’une agence nationale de facilitation des investissements, directement rattachée à la présidence. Cette agence aura pour mission d’accélérer les autorisations et de résoudre les litiges fonciers, un obstacle récurrent pour les projets industriels.
Les réactions des économistes sont mitigées. Pour l’analyste Mustapha Mekideche, interrogé par El Watan, « les objectifs sont ambitieux, mais leur réalisation dépendra de la capacité du gouvernement à réformer le système bancaire et à lutter contre la corruption ». Il souligne que les ZES ne produiront des résultats que si elles s’accompagnent d’une modernisation du système judiciaire et d’une meilleure protection des droits de propriété. À l’inverse, l’économiste Abderrahmane Mebtoul, cité par TSA, estime que « le discours de Tebboune marque une rupture avec les politiques passées, en mettant l’accent sur l’industrie locale plutôt que sur les importations ».
Le président a conclu son intervention en appelant à une « mobilisation nationale » pour réussir cette transition économique. Il a invité les entreprises privées algériennes à s’associer aux projets publics, notamment dans les secteurs de la pharmacie et de l’agroalimentaire. Le groupe Cevital, déjà engagé dans la production de médicaments génériques, a annoncé son intention de construire une usine de vaccins à Sidi Abdallah, en partenariat avec le sud-coréen Samsung Biologics.
Les prochains mois seront décisifs. Le gouvernement doit présenter au Parlement, avant juin 2026, un projet de loi sur les investissements étrangers, qui inclura des garanties contre les nationalisations et des mécanismes de rapatriement des bénéfices. En parallèle, les négociations avec l’Union européenne pour un accord de libre-échange avancé se poursuivent, avec une première réunion prévue à Bruxelles en avril 2026. Si ces initiatives aboutissent, l’Algérie pourrait réduire sa dépendance aux hydrocarbures, qui représentent encore 93 % de ses exportations en 2025.