Revue de presse : Algérie Afrique subsaharienne, Athlètes algériens, Gouvernement algérien…

**L’Algérie face à ses doubles : le présent comme palimpseste**

Ce qui frappe d’emblée, c’est la récurrence de deux motifs : l’occultation (des mémoires, des dysfonctionnements, des inégalités) et l’urgence (économique, sanitaire, sportive). Comme si l’Algérie, après des décennies de gestion postcoloniale, devait sans cesse choisir entre le déni et l’accélération, entre la réparation des fractures du passé et la course effrénée vers un futur incertain.

**1. Mémoires en guerre : l’Algérie et ses "tragédies occultées"**

Le rapport sur l’accès à l’énergie en Afrique, qui pointe le retard algérien malgré son potentiel en renouvelables, est révélateur. L’Algérie, riche en gaz et en soleil, peine à électrifier ses propres zones rurales – un échec qui rappelle les camps de regroupement, où des millions de paysans furent déplacés de force dans des zones mal équipées. Aujourd’hui, les villages isolés manquent toujours d’électricité, comme si l’État reproduisait, malgré lui, les logiques de marginalisation héritées de la colonisation.

Cette amnésie sélective se retrouve dans le traitement des athlètes algériens. La polémique autour d’Imane Khelif, boxeuse accusée d’avoir bénéficié d’un « traitement hormonal » avant les JO, révèle une société obsédée par la performance mais incapable d’assumer ses propres normes. Khelif, championne olympique, est à la fois un symbole de réussite et une cible, parce qu’elle incarne une Algérie qui veut briller sur la scène internationale sans régler ses comptes avec les questions de genre, de dopage, ou même de simple transparence médicale.

**2. Le football, miroir des dysfonctionnements systémiques**

Pourquoi le football cristallise-t-il autant de tensions ? Parce qu’il est l’un des derniers espaces où l’Algérie peut affirmer sa puissance symbolique. Quand l’équipe nationale gagne, c’est toute la nation qui se rassemble ; quand elle perd, c’est l’État qui est mis en cause. Or, ces dernières années, les échecs sportifs (élimination précoce en Coupe du monde, scandales d’arbitrage) ont coïncidé avec une crise de confiance généralisée – dans les élites politiques, dans les médias, et même dans le système judiciaire.

Le football algérien est aussi un révélateur des inégalités territoriales. Les clubs des grandes villes (Alger, Oran, Constantine) bénéficient d’infrastructures modernes, tandis que les équipes de l’intérieur du pays peinent à survivre. Cette fracture se retrouve dans le métro d’Alger : le tramway, symbole de modernité, ne dessert que la capitale, laissant le reste du pays dans un sous-développement chronique. Comme si l’Algérie ne pouvait se moderniser que par fragments, en laissant derrière elle des pans entiers de sa population.

**3. Santé et pharmacie : entre souveraineté et dépendance**

Les déclarations de Sofiane Achi, DG d’El Kendi, sont éclairantes : il salue la création d’un ministère de l’Industrie pharmaceutique, qui donnerait enfin une « visibilité » aux investisseurs. Mais cette réforme, aussi nécessaire soit-elle, bute sur un problème structurel : l’Algérie manque de capacité d’exécution. Comme le souligne un expert, « sans exécution, la réforme reste un cadre sans effet ».

Cette incapacité à concrétiser les projets se retrouve dans le secteur énergétique. L’Algérie a les moyens de devenir un leader des énergies renouvelables, mais elle reste prisonnière de son modèle rentier, basé sur les hydrocarbures. Même chose pour la dette publique : officiellement « inférieure à celle des pays arabes », elle masque une réalité plus sombre – celle d’un État qui compense ses déficits par des subventions coûteuses et une fiscalité opaque.

**4. L’histoire comme champ de bataille**

La Journée internationale des droits des femmes en Algérie est un exemple frappant. Officiellement, le pays célèbre ses « avancées » (éducation des filles, participation politique). Mais dans les faits, les femmes algériennes restent confrontées à des violences systémiques, à un code de la famille archaïque, et à une société où le conservatisme religieux gagne du terrain. Comme si l’Algérie, après avoir lutté pour son indépendance, peinait à accorder la même liberté à ses citoyennes.

**5. Prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**

1. Le scénario de la rupture : L’Algérie pourrait choisir de briser ses tabous – reconnaître les crimes des camps de regroupement, réformer en profondeur son système de santé, assainir son football, et donner une vraie place aux femmes. Mais cela suppose une volonté politique forte, que le régime actuel ne semble pas prêt à assumer.

2. Le scénario de la continuité : L’Algérie pourrait continuer à gérer les urgences sans s’attaquer aux causes profondes de ses problèmes. Elle maintiendrait alors son modèle rentier, ses réformes cosmétiques, et son discours nationaliste, au risque de voir les frustrations sociales exploser.

3. Le scénario du chaos contrôlé : Entre les deux, une troisième voie pourrait émerger – celle d’une Algérie qui avance par à-coups, avec des succès ponctuels (énergie solaire, santé connectée) mais sans vision globale. Ce serait une Algérie à deux vitesses, où une élite modernisatrice coexisterait avec une majorité laissée pour compte.

Le plus probable ? Un mélange des trois. L’Algérie a les moyens de devenir un pays émergent, mais elle reste prisonnière de ses fantômes – ceux de la colonisation, de la guerre civile, et d’un système politique qui a trop longtemps privilégié la stabilité à la justice.

Une chose est sûre : l’Algérie ne pourra pas éternellement éviter ses miroirs. Que ce soit dans les stades, les hôpitaux, ou les livres d’histoire, le pays devra tôt ou tard affronter ses contradictions. Et ce jour-là, il faudra choisir : réparer le passé pour construire l’avenir, ou s’enfermer dans le déni jusqu’à l’implosion.

La balle est dans le camp des Algériens. Mais le temps presse.

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