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**L’Algérie, miroir brisé d’une modernité en tension**
Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de récit unificateur. Les dix domaines couverts ici – de l’archéologie aux startups, en passant par l’eau et les arts – fonctionnent comme des îlots autonomes, alors même qu’ils s’alimentent les uns les autres. L’Algérie est-elle condamnée à une schizophrénie institutionnelle, où chaque secteur avance en ordre dispersé, ou bien ces contradictions sont-elles le signe d’une métamorphose en cours, d’une société qui se réinvente par à-coups ?
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**Le passé comme ressource : archéologie et patrimoine, ou l’art de réécrire l’histoire**
Cette question dépasse le cadre académique. Elle s’inscrit dans un débat plus large sur la place de l’amazighité dans l’identité nationale. Le contraste avec le Maroc, où l’amazighe est langue officielle et outil de soft power, est saisissant. En Algérie, la reconnaissance de cette langue reste timide, voire conflictuelle, comme en témoigne l’inquiétude autour de l’extinction des dialectes locaux. Le colloque sur la « colorisation et la colonisation » dans l’océan Indien, organisé à Bordeaux, rappelle que ces enjeux ne sont pas propres à l’Algérie : ils traversent toutes les anciennes colonies, où la mémoire est souvent un champ de bataille.
Pourtant, l’archéologie et le patrimoine ne sont pas que des questions de mémoire. Ils sont aussi des leviers économiques. Djemila, site romain classé à l’UNESCO, attire des touristes dont l’Algérie a cruellement besoin pour diversifier ses revenus. Mais comment valoriser ces richesses sans tomber dans le piège d’un tourisme de masse qui défigurerait les lieux ? La réponse algérienne semble hésiter entre deux modèles : celui, étatiste, d’une patrimonialisation contrôlée, et celui, libéral, d’une ouverture aux investisseurs étrangers. Une tension qui se retrouve dans d’autres domaines.
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**L’énergie et l’urbanisme : deux faces d’une même crise de souveraineté**
Cette frilosité se double d’une crise urbaine qui en révèle les limites. Les études sur l’appropriation de l’espace public dans les grands ensembles algérois montrent une société en quête de repères, où l’État peine à organiser le vivre-ensemble. Les espaces publics, souvent conçus comme des non-lieux fonctionnels (gares, parkings, centres commerciaux), deviennent des zones de friction, voire de contestation. À Dakar, les chercheurs analysent la « complexité de la gestion des espaces publics » : l’Algérie gagnerait à s’inspirer de ces travaux, car son urbanisme reflète une vision centralisée et sécuritaire, où la rue est d’abord un espace à contrôler, pas à habiter.
Ici, la question énergétique et celle de l’urbanisme se rejoignent : toutes deux révèlent une difficulté à penser le long terme. Comment construire des villes durables quand l’électricité reste subventionnée à coups de gaz ? Comment imaginer des espaces publics vivants quand l’État privilégie les infrastructures lourdes (autoroutes, métros) au détriment des lieux de sociabilité ? L’Algérie semble prise dans un cercle vicieux : elle a besoin de croissance pour financer sa transition, mais cette croissance, fondée sur les hydrocarbures, hypothèque son avenir.
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**Diversification économique : le mirage des indicateurs macroéconomiques**
Les accords signés avec la Tunisie pour une zone de libre-échange sont un pas dans la bonne direction, mais ils soulèvent une question cruciale : l’Algérie est-elle prête à s’ouvrir sans se faire dévorer ? Son voisin tunisien, plus agile économiquement, pourrait bien capter une partie de la valeur ajoutée, laissant à l’Algérie le rôle de fournisseur de matières premières. La souveraineté alimentaire, célébrée avec le Qatar et l’Italie, est un autre exemple de cette ambiguïté : l’Algérie a besoin de capitaux étrangers pour moderniser son agriculture, mais jusqu’où peut-elle aller sans perdre le contrôle de ses terres ?
Les startups, présentées comme l’avenir de l’économie algérienne, incarnent cette tension. Le ministre Noureddine Ouadah affiche un optimisme de rigueur (« Nous pouvons relever le défi »), mais les obstacles sont immenses : manque de financement, lourdeur administrative, fuite des talents. Les exemples ivoirien et sénégalais montrent que l’Afrique peut innover, mais à condition de créer un écosystème favorable. Or, en Algérie, l’État reste à la fois le principal frein et le seul levier possible. Comment concilier ces deux rôles ?
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**L’eau et les arts : deux fronts invisibles de la crise algérienne**
Les arts, eux, sont un autre front négligé. Les réécritures posthumes de Tchicaya U Tam’si ou les expérimentations théâtrales à Ouagadougou montrent que la création africaine est en pleine effervescence. Mais en Algérie, où la culture est souvent instrumentalisée à des fins politiques, les artistes peinent à trouver leur place. L’agenda culturel de janvier 2026, avec ses « sorties à ne pas manquer », ressemble à une vitrine sans profondeur : des événements ponctuels, sans véritable politique publique pour soutenir la création.
Pourtant, ces deux domaines – l’eau et les arts – sont symptomatiques des défis algériens. L’un touche à la survie matérielle, l’autre à l’âme d’une nation. Tous deux révèlent une société en quête de sens, où les solutions techniques (désalinisation, subventions culturelles) ne suffiront pas sans une refonte plus profonde des priorités.
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**Investissements étrangers : l’Algérie entre dépendance et souveraineté**
Cette stratégie n’est pas sans risques. La visite de Trump dans le Golfe, où il a signé des contrats mirobolants, rappelle que les puissances étrangères voient l’Algérie comme un marché, pas comme un partenaire. Comment éviter de tomber dans le piège d’une nouvelle dépendance, cette fois-ci financière ? La réponse algérienne semble passer par une diversification des partenaires (Qatar, Italie, Chine) et une insistance sur les secteurs stratégiques (agriculture, énergie).
Mais cette approche a ses limites. L’Algérie reste dépendante des cours du pétrole, et sa croissance, aussi verte soit-elle sur le papier, repose encore largement sur les hydrocarbures. Sans une véritable révolution industrielle et technologique, le pays risque de rester un simple fournisseur de matières premières, condamné à subir les fluctuations des marchés.
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**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**
1. Le scénario de la continuité : l’Algérie comme puissance rentière modernisée
Dans cette hypothèse, le pays parviendrait à maintenir son modèle actuel, en modernisant ses infrastructures et en attirant des investissements étrangers sans remettre en cause les fondements de son économie. La croissance serait au rendez-vous, mais au prix d’une dépendance accrue aux marchés globaux et d’une jeunesse toujours plus en quête d’opportunités. Ce scénario, le plus probable à court terme, est aussi le plus fragile : il repose sur l’illusion que la rente peut durer éternellement.
2. Le scénario de la rupture : l’Algérie comme laboratoire d’une souveraineté radicale
À l’inverse, l’Algérie pourrait choisir de rompre avec les logiques libérales, en misant sur une économie autocentrée, une transition