Algérie lance un numéro vert contre les violences faites aux femmes

Le ministère de la Solidarité nationale, de la Famille et de la Condition de la femme a activé cette semaine un numéro vert d’urgence destiné aux femmes victimes de violences en Algérie. Ce dispositif, annoncé par la Radio des sans voix, permet aux victimes de signaler des agressions et d’obtenir une assistance juridique, psychologique et sociale. Le numéro, accessible 24 heures sur 24, s’inscrit dans le cadre de la loi n°15-19 de 2015 relative à la prévention et à la lutte contre les violences faites aux femmes.

Un outil national pour briser l’isolement

Selon les chiffres du ministère, près de 7 000 cas de violences contre les femmes ont été enregistrés en 2024, un chiffre en hausse par rapport aux années précédentes. Le numéro vert vise à réduire le sous-signalement des violences, souvent lié à la peur des représailles ou à la méconnaissance des recours légaux. « Beaucoup de femmes ignorent qu’elles peuvent porter plainte ou bénéficier d’un hébergement d’urgence », explique une source au sein de la Direction de la protection sociale.

Le dispositif s’appuie sur un réseau de 48 centres d’écoute et d’accompagnement répartis dans 42 wilayas. Ces structures, gérées par des associations agrées comme SOS Femmes en Détresse ou l’Association nationale pour la défense des droits des femmes, offrent un suivi personnalisé. « Nous recevons en moyenne 15 appels par jour depuis le lancement », précise la coordinatrice du centre d’Alger, Samia Djafer.

Des défis logistiques et culturels

Malgré cette avancée, des obstacles persistent. Dans certaines wilayas du Sud, comme Adrar ou Tamanrasset, l’accès au réseau téléphonique reste limité, ce qui complique la mise en œuvre du service. « Nous travaillons avec les opérateurs télécoms pour étendre la couverture, mais cela prendra du temps », reconnaît un responsable du ministère.

Par ailleurs, les associations soulignent que le numéro vert ne suffit pas à lui seul. « Il faut renforcer les campagnes de sensibilisation, surtout dans les zones rurales où les violences sont souvent banalisées », insiste Nadia Aït Zai, avocate et militante féministe. Elle cite l’exemple de la wilaya de Tizi Ouzou, où seulement 30 % des femmes victimes de violences osent se manifester.

Une réponse institutionnelle face à l’urgence

Le lancement du numéro vert s’accompagne d’autres mesures. Le ministère a formé 200 agents de police et gendarmes à la prise en charge des victimes, tandis que des cellules d’écoute ont été installées dans les commissariats de 12 wilayas pilotes. « L’objectif est de créer un écosystème où la victime se sente en sécurité dès le dépôt de plainte », explique le colonel Mohamed Benali, chef de la brigade de protection de la famille à Oran.

Cependant, des critiques émergent sur l’efficacité réelle de ces dispositifs. « Les femmes ont besoin de garanties concrètes, comme des ordonnances de protection immédiates ou des logements sécurisés », souligne un rapport de l’Observatoire national des droits des femmes. Le document pointe aussi le manque de moyens alloués aux associations, qui dépendent souvent de financements étrangers.

Vers une mobilisation citoyenne ?

Pour pallier ces lacunes, des initiatives locales se multiplient. À Constantine, l’association Tharwa Fadhma n’Soumer organise des ateliers dans les quartiers populaires pour informer les femmes de leurs droits. « Nous distribuons des flyers avec le numéro vert et expliquons comment constituer un dossier de plainte », raconte sa présidente, Fatima-Zohra Boukhalfa.

À Alger, le collectif « Femmes en marche » a lancé une pétition pour exiger l’application stricte de la loi 15-19, notamment la création de tribunaux spécialisés. « Les juges doivent être formés pour traiter ces affaires avec la gravité qu’elles méritent », plaide l’une des signataires, l’avocate Amel Hadjadj.

Un pas en avant, mais des attentes fortes

Le numéro vert marque une étape dans la lutte contre les violences faites aux femmes en Algérie, mais son succès dépendra de sa capacité à s’inscrire dans une politique globale. « Il ne s’agit pas seulement de répondre aux appels, mais de changer les mentalités », résume une source au sein du ministère. Pour les associations, la prochaine étape sera d’évaluer l’impact du dispositif d’ici six mois, avec des indicateurs clairs : nombre d’appels traités, plaintes déposées, et condamnations prononcées.

En attendant, les femmes algériennes disposent désormais d’un outil supplémentaire pour briser le silence. Reste à savoir si les institutions sauront en faire un levier de transformation sociale.

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