Tebboune exige un accord UE-Algérie équilibré sur les hydrocarbures

Le président Abdelmadjid Tebboune a récemment réaffirmé la nécessité de revoir l’accord d’association entre l’Algérie et l’Union européenne (UE), insistant sur un principe « gagnant-gagnant » dans les échanges énergétiques. Cette position, rapportée par Jeune Afrique fin janvier 2025, marque une volonté claire d’Alger de rééquilibrer ses relations économiques avec Bruxelles, notamment dans le secteur des hydrocarbures, pilier de l’économie nationale.

L’accord en question, entré en vigueur en 2005, régit les échanges commerciaux entre l’Algérie et les 27 États membres de l’UE. Or, selon les autorités algériennes, les termes actuels favoriseraient davantage les intérêts européens, notamment en matière d’accès aux ressources énergétiques algériennes sans contreparties suffisantes en termes d’investissements ou de transferts technologiques. Tebboune a souligné que cette révision devait s’inscrire dans une logique de « souveraineté économique », un discours récurrent depuis son arrivée au pouvoir en 2019.

La dépendance de l’UE au gaz algérien, qui représente environ 11 % de ses importations totales, donne à Alger un levier de négociation. En 2022, l’Algérie est devenue le premier fournisseur de gaz de l’Europe, devant la Russie, en réponse à la crise ukrainienne. Cependant, les autorités algériennes estiment que cette position stratégique n’a pas été suffisamment exploitée pour obtenir des avantages concrets, comme des partenariats industriels ou des projets de décarbonation.

Le ministre de l’Énergie, Mohamed Arkab, a récemment déclaré que l’Algérie ne se contenterait plus d’être un simple fournisseur de matières premières. « Nous voulons des partenariats qui intègrent la transformation locale, la formation et l’innovation », a-t-il précisé lors d’une conférence à Alger. Cette approche s’inscrit dans la stratégie nationale de diversification économique, qui vise à réduire la dépendance aux hydrocarbures, tout en maximisant leur valeur ajoutée.

Les discussions avec l’UE s’annoncent complexes. Bruxelles, soucieuse de sécuriser ses approvisionnements énergétiques, pourrait être réticente à des concessions majeures. Pourtant, l’Algérie dispose d’atouts : ses réserves de gaz, estimées à 2 500 milliards de mètres cubes, et ses projets d’exploration, comme celui annoncé par l’Agence presse service (APS) en février 2026, qui prévoit un vaste plan d’investissement dans l’exploration d’ici 2030.

Par ailleurs, l’Algérie cherche à renforcer ses partenariats avec d’autres régions. La relance de la coopération pétrolière avec le Niger, évoquée par Yeni Şafak en janvier 2026, et les échanges avec le Vietnam, rapportés par Le Courrier du Vietnam en novembre 2025, illustrent cette volonté de diversification des alliances. Ces initiatives pourraient servir de levier dans les négociations avec l’UE, en montrant qu’Alger a des alternatives.

Cependant, les défis internes restent importants. Challenge.ma soulignait en septembre 2024 que l’Algérie reste « accro à une rente pétro-gazière en déclin », avec des recettes dépendantes à plus de 90 % des exportations d’hydrocarbures. La baisse des prix du pétrole et la transition énergétique mondiale, qui réduit la demande en énergies fossiles, ajoutent une pression supplémentaire. Le gouvernement mise sur des projets comme le développement de l’hydrogène vert et des énergies renouvelables, mais leur mise en œuvre tarde.

La révision de l’accord avec l’UE pourrait aussi inclure des clauses sur la transition énergétique. L’Algérie, qui dispose d’un potentiel solaire et éolien considérable, souhaite attirer des investissements européens dans ces secteurs. Une feuille de route de coopération avec l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OLACDE), signée en avril 2026 et rapportée par La Radio algérienne, évoque d’ailleurs des projets communs en matière de décarbonation.

Sur le plan politique, cette démarche s’inscrit dans une dynamique plus large de réaffirmation de la souveraineté nationale. Le 24 février 2026, El Watan rappelait les 55 ans de la nationalisation des hydrocarbures en 1971, un symbole fort pour le régime actuel. Tebboune, qui a multiplié les références à cette période historique, semble vouloir inscrire son action dans la continuité de cette « révolution pétrolière », tout en adaptant ses objectifs aux réalités économiques contemporaines.

Les prochains mois seront décisifs. Les négociations avec l’UE pourraient aboutir à un accord révisé d’ici fin 2026, selon des sources diplomatiques. Pour l’Algérie, l’enjeu est double : obtenir des garanties sur les prix et les volumes d’exportation, tout en ancrant des partenariats industriels durables. Pour l’Europe, il s’agit de sécuriser ses approvisionnements tout en accompagnant Alger dans sa transition énergétique.

Dans ce contexte, la Sonatrach, fleuron national, joue un rôle central. Le groupe, qui a récemment annoncé des investissements massifs dans l’exploration, pourrait devenir un acteur clé des nouvelles dynamiques économiques. Son PDG, Rachid Hachichi, a d’ailleurs souligné que « la diversification ne signifie pas l’abandon des hydrocarbures, mais leur valorisation optimale ».

Reste à savoir si cette stratégie portera ses fruits. Les observateurs, comme le consultant Abderrahmane Hadef cité par Horizons en avril 2026, estiment que l’Algérie doit accélérer ses réformes structurelles pour éviter le « piège des hydrocarbures », un risque pointé par Le360 en mars 2025. La réussite de cette révision dépendra autant de la fermeté d’Alger que de la capacité de l’UE à accepter un partenariat plus équilibré.

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