L’Algérie mise sur le solaire pour ses stations de dessalement

L’Algérie accélère sa transition vers les énergies renouvelables dans le secteur de l’eau. Selon Maghreb Émergent, le pays a lancé un programme ambitieux pour alimenter ses stations de dessalement d’eau de mer à l’énergie solaire. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large visant à réduire la dépendance aux hydrocarbures et à sécuriser l’approvisionnement en eau potable, face à des ressources hydriques de plus en plus limitées.

Un tournant énergétique pour le dessalement

Le ministère des Ressources en Eau et de la Sécurité Hydrique a annoncé que plusieurs stations de dessalement, notamment celles situées sur le littoral, seront progressivement équipées de panneaux photovoltaïques. L’objectif est de couvrir une partie significative de leurs besoins énergétiques, actuellement assurés par des centrales thermiques ou le réseau électrique national. Parmi les projets pilotes figurent les stations de Fouka (wilaya de Tipaza) et de Cap Djinet (wilaya de Boumerdès), deux infrastructures clés pour l’alimentation en eau des régions côtières.

D’après des sources proches du dossier, la station de Fouka, d’une capacité de 120 000 m³ par jour, pourrait être la première à intégrer une centrale solaire de 20 mégawatts (MW). Un appel d’offres a été lancé en 2024 pour sélectionner les entreprises chargées de la conception et de l’installation des équipements. Les autorités tablent sur une réduction de 30 % de la facture énergétique de la station une fois le projet achevé.

Réduire les coûts et l’empreinte carbone

Le dessalement est un procédé énergivore, qui représente près de 40 % du coût total de production d’eau potable en Algérie. En 2023, le pays a consommé environ 2,5 milliards de mètres cubes d’eau dessalée, soit près de 15 % de sa consommation nationale. Avec l’augmentation des températures et la baisse des précipitations, cette part devrait atteindre 30 % d’ici 2030, selon les projections du Plan National de l’Eau (PNE).

L’utilisation du solaire permettrait non seulement de diminuer les coûts opérationnels, mais aussi de limiter les émissions de CO₂. Une étude du Centre de Développement des Énergies Renouvelables (CDER) estime que le passage au solaire pour les stations de dessalement pourrait éviter l’émission de 500 000 tonnes de CO₂ par an. « C’est un double gain : économique et environnemental », a déclaré un responsable du CDER, soulignant que l’Algérie dispose d’un potentiel solaire parmi les plus élevés au monde, avec un ensoleillement moyen de 3 000 heures par an.

Des défis techniques et financiers

Malgré les avantages, le déploiement du solaire dans le dessalement se heurte à plusieurs obstacles. Le premier est d’ordre technique : les stations de dessalement fonctionnent 24 heures sur 24, alors que l’énergie solaire n’est disponible que pendant la journée. Pour pallier ce problème, les autorités envisagent de coupler les centrales solaires à des systèmes de stockage par batteries ou à des solutions hybrides combinant solaire et gaz naturel.

Le second défi est financier. Bien que le coût des panneaux photovoltaïques ait considérablement baissé ces dernières années, l’investissement initial reste élevé. Selon des estimations du ministère des Ressources en Eau, le coût moyen d’une centrale solaire de 20 MW s’élève à environ 20 millions de dollars. Pour financer ces projets, l’Algérie compte sur des partenariats public-privé et des fonds internationaux, notamment ceux dédiés à la transition énergétique.

Une stratégie alignée sur les objectifs nationaux

Ce virage vers le solaire s’inscrit dans le cadre de la Stratégie Nationale des Énergies Renouvelables (SNRE), qui vise à produire 30 % de l’électricité nationale à partir de sources renouvelables d’ici 2030. Le secteur de l’eau, grand consommateur d’énergie, est un levier clé pour atteindre cet objectif. « L’Algérie a tout intérêt à verdir son mix énergétique, surtout dans des secteurs aussi stratégiques que l’eau », explique un expert en politiques publiques, interrogé par Maghreb Émergent.

Par ailleurs, cette initiative s’aligne sur les engagements climatiques de l’Algérie, qui a soumis sa Contribution Déterminée au niveau National (CDN) à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Le pays s’est engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 7 % d’ici 2030, un objectif qui pourrait être revu à la hausse avec l’accélération des projets renouvelables.

Les prochaines étapes

Les autorités prévoient de généraliser l’expérience à l’ensemble des stations de dessalement d’ici 2030. Une feuille de route a été élaborée, avec des échéances précises pour chaque région. La wilaya d’Oran, qui abrite la plus grande station de dessalement du pays (capacité de 500 000 m³ par jour), devrait être l’une des prochaines à bénéficier de ce programme.

En parallèle, des discussions sont en cours avec des entreprises spécialisées, notamment des groupes algériens comme Sonelgaz et des partenaires internationaux, pour développer des solutions innovantes en matière de stockage d’énergie et de gestion intelligente des réseaux. « L’objectif n’est pas seulement de produire de l’eau, mais de le faire de manière durable et compétitive », a déclaré un haut responsable du ministère des Ressources en Eau.

Un modèle pour la région ?

L’Algérie n’est pas le seul pays de la région à explorer le solaire pour le dessalement. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont déjà lancé des projets similaires, avec des résultats prometteurs. Cependant, l’Algérie se distingue par son approche intégrée, qui combine transition énergétique, sécurité hydrique et développement industriel.

Si le pays parvient à surmonter les défis techniques et financiers, son modèle pourrait inspirer d’autres nations confrontées à des pénuries d’eau et à une dépendance aux énergies fossiles. Pour l’heure, les regards sont tournés vers les premières réalisations concrètes, attendues d’ici la fin de l’année 2026.

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