Revue de presse : Traditions algériennes, Environnement Algérie, Politique étrangère Algérie…

**L’Algérie, miroir brisé d’une modernité inachevée**

**Patrimoine et développement : le dilemme des pierres et des hommes**

Cette tension entre tradition et modernité se retrouve dans le domaine numérique. Le colloque de Béjaïa sur les start-up et l’écosystème entrepreneurial n’est pas anodin : il se tient dans une région où l’université est un vivier de talents, mais où les jeunes diplômés rêvent davantage de Silicon Valley que de ksour rénovés. Pourtant, les deux ne sont pas incompatibles. L’Algérie pourrait faire de ses savoir-faire ancestraux (gestion de l’eau, architecture bioclimatique) des leviers d’innovation, comme le Maroc l’a fait avec ses dar al-makhzen transformés en éco-lodges. Mais pour cela, il faudrait que l’État cesse de voir le patrimoine comme un musée et le numérique comme un simple outil de contrôle social.

**Diplomatie et dépendance : l’Algérie, puissance régionale en quête de leviers**

Cette dépendance se double d’une autre contradiction : celle entre la rhétorique souverainiste et la réalité d’une économie extravertie. Les PME algériennes, soutenues par l’ANGEM et la CNAC, sont censées être le fer de lance de la diversification économique. Pourtant, les milliards d’exonérations de cotisations sociales profitent surtout aux grands groupes, souvent liés au pouvoir, tandis que les micro-entreprises de la diaspora – pourtant ciblées par des mesures incitatives – se heurtent à une bureaucratie kafkaïenne. Le résultat ? Une économie à deux vitesses, où les start-up du numérique (comme celles de Béjaïa) restent des exceptions, et où l’emploi des jeunes dépend encore largement de l’État ou de l’informel.

La Tunisie, invitée d’honneur du Festival du Cinéma au Sahara, offre un contrepoint intéressant. Les relations algéro-tunisiennes, souvent présentées comme fraternelles, masquent une rivalité sourde. Le cinéma nord-africain, mis à l’honneur à Cannes et à Djeddah, est un terrain où les deux pays se disputent une influence culturelle. Mais là encore, l’Algérie peine à capitaliser sur son soft power. Ses athlètes – comme Yanis Meziane, recordman du 800 m – sont des ambassadeurs bien plus visibles que ses cinéastes ou ses écrivains. Le sport, ici, devient un exutoire pour une jeunesse en mal de reconnaissance, mais aussi un miroir des dysfonctionnements du système : Sedjati et Benida, après leurs performances aux Mondiaux, ont dû « s’expliquer » sur leurs échecs, comme si le sport algérien était condamné à osciller entre l’exploit et la polémique.

**Droits humains et jeunesse : l’Algérie face à ses enfants**

La recherche médicale, elle, offre un autre visage de cette schizophrénie. La campagne de vaccination contre la grippe, lancée alors qu’un nouveau variant de Covid-19 menace, montre une Algérie capable de réactivité sanitaire. Pourtant, la disparition d’Axel Kahn, généticien humaniste, rappelle que la science algérienne reste prisonnière de logiques bureaucratiques. Les hôpitaux publics, malgré les efforts, souffrent d’un manque chronique de moyens, tandis que les cliniques privées prospèrent. La santé, comme l’éducation, est devenue un marqueur des inégalités sociales – un comble pour un pays qui se targue d’avoir éradiqué l’analphabétisme.

**Numérique et souveraineté : le mirage de l’autonomie**

L’Algérie, elle, oscille entre deux modèles. D’un côté, elle veut devenir un hub régional, comme en témoignent les mesures pour attirer les entrepreneurs de la diaspora. De l’autre, elle maintient un contrôle tatillon sur les données et les réseaux, au nom de la « sécurité nationale ». Résultat : les talents fuient vers l’étranger, et les investisseurs étrangers hésitent à s’engager. Le numérique, censé être un levier de modernisation, devient un nouveau champ de tensions entre ouverture et repli.

**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**

1. Le scénario de la continuité : L’État maintient son rôle de régulateur omnipotent, subventionnant les secteurs clés (énergie, agriculture, numérique) sans véritable réforme structurelle. Les PME restent dépendantes des aides publiques, les jeunes continuent d’émigrer, et le patrimoine culturel est soit folklorisé, soit laissé à l’abandon. Ce scénario mène à une stagnation économique et à une frustration sociale croissante.

2. Le scénario de la rupture : Sous la pression des jeunes et des classes moyennes, l’Algérie engage des réformes radicales – libéralisation de l’économie, décentralisation du pouvoir, investissements massifs dans l’éducation et la santé. Le numérique devient un véritable levier de développement, et le patrimoine est réinventé comme un atout touristique et écologique. Mais ce scénario suppose une volonté politique forte, aujourd’hui absente.

3. Le scénario du chaos créateur : L’Algérie, incapable de se réformer par le haut, voit émerger des dynamiques bottom-up – start-up locales, coopératives agricoles, mouvements citoyens pour la défense du patrimoine. Ces initiatives, d’abord marginales, finissent par imposer un nouveau modèle, plus horizontal et plus résilient. Ce scénario, le plus incertain, est aussi le plus prometteur.

La vraie question n’est pas de savoir quel scénario l’emportera, mais si l’Algérie saura inventer une voie qui lui soit propre – ni copie de l’Europe, ni rejet du monde, mais une synthèse audacieuse entre ses traditions et ses aspirations. Une chose est sûre : le pays ne pourra plus longtemps se contenter de gérer ses contradictions. Il devra les dépasser.

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