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**L’Algérie, miroir brisé d’un État en tension permanente**
Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de hasard dans ces actualités. Derrière les pénuries de médicaments, les luttes contre le gaz de schiste ou les débats sur le patrimoine, se profile une même question : qui décide de l’avenir de l’Algérie ? Les multinationales, les élites locales, les mouvements citoyens ou une combinaison toxique des trois ? La réponse n’est jamais univoque, mais les fils rouges qui relient ces domaines dessinent les contours d’un pays en quête d’un nouveau contrat social.
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**Santé et corruption : le corps algérien comme champ de bataille**
Cette logique de prédation trouve un écho troublant dans les pénuries de médicaments. Comment expliquer que le pays des hydrocarbures, capable de financer des méga-projets pétrochimiques, peine à assurer l’approvisionnement en vaccins ? La réponse tient en deux mots : dépendance structurelle. L’Algérie importe 70 % de ses médicaments, et cette vulnérabilité est exploitée par des acteurs qui préfèrent spéculer sur les prix plutôt que de garantir l’accès aux soins. La santé, ici, n’est pas un droit, mais un marché.
Cette crise sanitaire rejoint celle de la recherche médicale. La disparition d’Axel Kahn, figure de l’éthique scientifique, rappelle que l’Algérie, comme beaucoup de pays du Sud, est en première ligne face aux nouveaux variants du Covid-19 – sans toujours disposer des moyens de les combattre. La campagne de vaccination contre la grippe, lancée dans l’urgence, sonne comme un aveu : le système de santé algérien est en mode réaction, jamais en prévention. Or, dans un pays où les maladies chroniques explosent (diabète, hypertension), cette logique court-termiste est une bombe à retardement.
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**Énergie : le gaz de schiste, ou la guerre des récits**
Le paradoxe est saisissant : alors que le pays dispose des dixièmes réserves mondiales de gaz conventionnel, il se tourne vers le schiste, plus coûteux et plus polluant. Pourquoi ? Parce que les contrats signés avec des entreprises comme Total ou Shell incluent des clauses de take-or-pay – l’Algérie doit payer, qu’elle exploite ou non ses réserves. Résultat : le gouvernement, pris à la gorge par des engagements financiers, se résout à sacrifier son sous-sol et ses nappes phréatiques.
Cette transition énergétique forcée entre en résonance avec les projets agro-industriels comme Baladna ou celui d’Ozmert Algeria à Naâma. Ces initiatives, présentées comme des succès économiques, masquent une réalité plus sombre : l’accaparement des terres et des ressources en eau par des acteurs privés, souvent liés à des réseaux d’influence. L’Algérie, qui a longtemps misé sur la rente pétrolière, découvre avec amertume que la diversification économique passe par une nouvelle forme de dépendance – cette fois-ci, aux capitaux étrangers et aux logiques extractivistes.
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**Patrimoine et modernité : le ksar contre le béton**
Le plaidoyer pour la sauvegarde du patrimoine récent en Tunisie trouve un écho en Algérie. Que faire des bâtiments coloniaux, des usines des années 1970, des infrastructures abandonnées ? Les détruire, c’est effacer une partie de l’histoire ; les conserver, c’est souvent manquer de moyens. Cette tension entre mémoire et progrès se retrouve dans le domaine ferroviaire, où la SNTF modernise ses lignes tout en héritant d’un réseau conçu pour l’exportation des matières premières – une logique qui n’a pas changé depuis l’époque coloniale.
La gastronomie algérienne, classée parmi les meilleures au monde, offre une autre facette de cette dialectique. Le poulet algérien primé n’est pas qu’un plat : c’est le symbole d’une culture qui résiste à l’uniformisation. Pourtant, derrière cette fierté culinaire se cache une réalité moins reluisante : la dépendance aux importations de blé et de lait, qui fragilise la sécurité alimentaire. Comment célébrer une cuisine nationale quand le pays peine à nourrir sa population ?
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**Technologie et souveraineté : le piège numérique**
L’ANSSI française, qui annonce des audits dès 2027, illustre cette asymétrie. Les pays du Sud sont souvent réduits au rôle de consommateurs de technologies, jamais de créateurs. Pourtant, l’Algérie dispose d’un vivier d’ingénieurs et de chercheurs capables de rivaliser avec les géants du numérique. Le problème ? Ces talents sont soit sous-payés, soit contraints à l’exil. La fuite des cerveaux, ici, n’est pas un phénomène marginal : c’est une hémorragie qui affaiblit le pays.
Cette dépendance technologique rejoint celle de la recherche médicale. Comment innover quand les budgets sont captés par des projets pharaoniques (comme les méga-usines pétrochimiques) plutôt que par la science fondamentale ? L’Algérie, qui a produit des médecins et des chercheurs de renom, risque de devenir un simple terrain d’expérimentation pour les laboratoires étrangers – comme elle l’est déjà pour les multinationales pharmaceutiques.
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**Politique : le multilatéralisme comme illusion**
La réponse se trouve peut-être dans l’enseignement d’Abdelkader Nasri, spécialiste de droit international. Ses travaux sur la souveraineté des États face aux multinationales résonnent avec les luttes actuelles – contre le gaz de schiste, contre la corruption pharmaceutique, contre l’accaparement des terres. Mais la théorie, ici, se heurte à la pratique : comment défendre le droit international quand les élites locales sont complices des prédations ?
Cette contradiction est au cœur du système algérien. Le pays se présente comme un champion de la décolonisation, mais son économie reste largement extravertie. Il dénonce l’ingérence étrangère, mais signe des contrats léonins avec des entreprises comme Total ou GSK. Il célèbre son indépendance, mais dépend des importations pour se nourrir et se soigner. Le multilatéralisme, dans ce contexte, n’est qu’un leurre – un moyen pour les puissants de légitimer leur domination.
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**Synthèse prospective : l’Algérie à l’heure des choix**
1. La capitulation douce : le pays poursuit sa logique de dépendance, acceptant les contrats inégaux, les pénuries et la fuite des cerveaux. Dans ce scénario, l’Algérie devient un État rentier 2.0, où la rente pétrolière est remplacée par des rentes technologiques et pharmaceutiques – toujours contrôlées par des acteurs extérieurs.
2. La révolution par le bas : les mobilisations contre le gaz de schiste, les pénuries et la corruption s’amplifient, forçant le régime à reculer. Ce scénario suppose une alliance entre mouvements citoyens, intellectuels et une partie de l’armée – une équation complexe, mais pas impossible, comme l’a montré le Hirak.
3. La troisième voie : l’Algérie mise sur ses atouts – son patrimoine, ses ressources humaines, son positionnement géostratégique – pour construire un modèle hybride, mêlant souveraineté technologique, transition écologique et justice sociale. Ce scénario exige une rupture avec les logiques court-termistes et une refonte complète du système éducatif et industriel.
Le premier scénario est le plus probable à court terme. Le deuxième est le plus souhaitable, mais aussi le plus risqué. Le troisième, le plus ambitieux, dépendra de la capacité des Algériens à transformer leur colère en projet politique.
Une chose est sûre : l’Algérie ne peut plus se contenter de gérer les crises au jour le jour. Elle doit choisir entre devenir une colonie moderne ou inventer sa propre voie. Les dix domaines d’actualité analysés ici ne sont pas des sujets séparés, mais les symptômes d’une même maladie : l’absence de vision. Or, sans vision, il n’y a pas d’avenir – seulement une succession de compromis et de renoncements.
L’Algérie a les moyens de son ambition. Reste à savoir si elle aura le courage de les utiliser.