Le président Abdelmadjid Tebboune a réaffirmé cette semaine la position algérienne sur la question mémorielle avec la France, exigeant des « excuses officielles » et des « réparations » pour la période coloniale. Cette déclaration, rapportée par l’Agence Presse Service (APS), s’inscrit dans un contexte de tensions récurrentes entre Alger et Paris, malgré les tentatives de normalisation des relations économiques et diplomatiques.
D’après le quotidien El Watan, Tebboune a souligné que « la reconnaissance des crimes coloniaux n’est pas négociable » lors d’une réunion avec des historiens et des représentants de la société civile. Le président algérien a rappelé que l’Algérie attend toujours des gestes concrets de la part de l’État français, au-delà des déclarations symboliques. En 2022, le président Emmanuel Macron avait reconnu la responsabilité de la France dans l’assassinat du militant algérien Ali Boumendjel, mais Alger considère ces gestes comme insuffisants.
Le ministre des Moudjahidine, Laïd Rebiga, a précisé que « les réparations ne se limitent pas à des compensations financières, mais incluent la restitution des archives et des biens culturels spoliés ». Selon Le Monde, l’Algérie réclame également la reconnaissance du caractère systémique des violences commises pendant la guerre d’indépendance (1954-1962), notamment les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata en 1945, ainsi que les essais nucléaires dans le Sahara.
Une relation économique malgré les tensions
Cependant, les relations diplomatiques se sont tendues ces derniers mois. En mai 2025, l’Algérie a rappelé son ambassadeur à Paris après la publication d’un communiqué du Quai d’Orsay soutenant « l’autonomie du Sahara occidental sous souveraineté marocaine ». Le ministère des Affaires étrangères algérien a qualifié cette position de « violation flagrante du droit international », comme l’a rapporté Atalayar.
Les archives, un enjeu clé
Le chercheur français Benjamin Stora, auteur d’un rapport sur la réconciliation mémorielle, a proposé en 2021 un « travail commun » sur les archives, mais cette initiative n’a pas abouti. Selon TSA, l’historien Yazid Sabeg a récemment déclaré que « la France doit assumer ses responsabilités en reconnaissant les crimes contre l’humanité commis en Algérie ». Sabeg, ancien commissaire à la diversité, a ajouté que « sans cette reconnaissance, toute relation apaisée sera impossible ».
Les réactions en France
Pour l’Algérie, la question mémorielle dépasse le cadre symbolique. Elle s’inscrit dans une volonté de rééquilibrer les relations avec l’ancienne puissance coloniale, notamment sur les plans économique et géopolitique. Le président Tebboune a multiplié les partenariats avec d’autres pays, comme l’Italie et la Chine, pour réduire la dépendance vis-à-vis de la France. Lors du sommet Italie-Algérie en juillet 2025, Giorgia Meloni et Tebboune ont signé des accords énergétiques et industriels, renforçant la coopération entre les deux pays.
Vers une rupture en 2027 ?
Pour l’heure, ni Alger ni Paris n’ont officiellement évoqué une telle hypothèse. Cependant, les déclarations récentes de responsables algériens laissent peu de place à un compromis. Le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a déclaré en décembre 2025 que « l’Algérie ne transigera pas sur sa dignité et son histoire ». De son côté, l’Élysée a indiqué que « la France reste ouverte au dialogue, mais dans le respect mutuel ».
Un dossier qui divise les Algériens
Malgré ces divergences, la majorité des Algériens soutiennent la position officielle. Un sondage réalisé par l’institut El Djazaïr en mars 2025 révèle que 78 % des personnes interrogées estiment que « la France doit présenter des excuses officielles pour la colonisation ». Ce chiffre montre l’importance du dossier mémoriel dans l’opinion publique.
Les prochaines étapes
En France, le débat sur la colonisation reste sensible. Le président Macron a évité jusqu’à présent de s’engager sur des excuses officielles, préférant des gestes symboliques. Cependant, la pression de l’Algérie et d’une partie de la classe politique française pourrait le contraindre à revoir sa position.
Pour l’Algérie, la question des réparations et des excuses n’est pas seulement une affaire de mémoire. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large de réaffirmation de sa souveraineté et de diversification de ses partenariats internationaux. Dans ce contexte, la France devra choisir entre maintenir le statu quo ou accepter un rééquilibrage des relations, au risque de perdre son influence en Algérie.